Regards interculturels sur l'expo Shanghai

L'exposition universelle, dont la Chine est, cette fois ci, l'impressionnant maitre d'oeuvre, est d'abord une réalisation collective. A ce titre l'évènement est un franc succès tant du point de vue de l'affluence record - plus d'un demi million de visiteurs chaque jour - que de l'originalité des réalisations de chacun des pays participants. Les exposants étaient invités à construire un pavillon autour du thème central de l'exposition "better city, better life". Ils ont chacun choisi une perspective qui en dit long sur leur culture, le regard sur eux-même et la relation qu'ils veulent bâtir avec la Chine.

La Chine est l'hôte, immensément présent, de cette exposition universelle. A l'instar de son pavillon, au centre de l'évènement, elle est le pays du milieu qui déborde d'ambition pour soi et pour la terre, entraînant dans son sillage ses satellites, Macao et Hong Kong, mais aussi Taiwan et le reste de l'Asie. Le visiteur privilégié du pavillon de la Chine y pénètre au terme de 2 heures de queue et monte d'emblée, en ascenseur au sommet de la pyramide inversée. Il est accueilli par un film cultivant l'imagerie de la Chine populaire et convoquant le drâme du Sichuan au banc des témoins de ce que pourrait devenir la terre si l'humanité ne reprenait pas les rênes. Le message est clair et ponctué, dans le reste de l'exposition, de démonstrations des efforts du pays: la Chine moderne veut non seulement maîtriser son développement mais aussi être leader dans les questions touchant à l'environnement.

Autour de la Chine, les pays invités expliquent qui ils sont et s'adressent, parfois, très directement à leur hôte et aux 90% de visiteurs Chinois. C'est le cas de l'Australie et du Danemark dans des registres très différents, l'un proche cousin anxieux d'établir des relations privilégiées, jetant à grand renfort de spectacle, un pont entre les jeunes générations chinoise et australienne; l'autre petit frère plein de modestie et de sincérité, apportant en gage d'amitié sa petite sirène, en visite à Shanghai. La France se prête à l'exercice. Si elle met en valeur, assez classiquement, sa vie culturelle, la mode, et la cuisine, elle le fait avec sophistication et une certaine habileté, montrant 7 oeuvres majeures du musée d'Orsay mais aussi Zao Wou ki et les visages d'enfants de Yan Pei Ming.

D'autres pays ont l'ambition plus modeste. La Hollande se présente à travers un village haut perché qui abrite des expositions très pratiques. L'Algérie fait visiter sa Kasbah la nuit et en profite pour faire jaillir ça et là des images de modernité. Le Vietnam met en avant son artisanat, mais en faisant le choix de pièces modernes dans un pavillon tout en bambou par ailleurs majestueux.

D'autres enfin peinent à définir quelque ambition que ce soit, à l'instar de la Birmanie, montrant une pathétique exposition d'artisanat qui dit trop la situation du pays, sa crise d'identité et son absence de vision.

L'exposition est large et le visiteur le plus assidu ne peut en découvrir qu'une maigre partie. Peu importe, car l'essentiel ne réside-t-il pas dans le concept même de cette réunion universelle? Et l'expo Shanghai n'est-elle pas le témoin, qu'on voudrait engagé, d'une Asie ambitieuse montrant aux pays développés comme aux pays en développement le chemin d'une croissance maîtrisée respectueuse de l'homme et de l'environnement?

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