Laure Viollet: d'Angers à Shanghai, puis Singapour.
Ex-VIE à Shanghai, Laure Viollet est arrivée il y a 3 mois à Singapour où elle démarre dans un nouvel emploi en Supply chain management. Jeune femme enthousiaste et passionnée par les contacts interculturels, elle nous parle dans cet entretien de son parcours, de son intégration à Shanghai et de sa recherche d'emploi à Singapour.
Comment s'est déroulé le parcours qui vous a conduit à l'international?
J'ai toujours été très intéressée par les langues étrangères. J'ai d'abord fait des études dans ce domaine à l’Université Catholique d’Angers. Cette spécialisation était comme une porte ouverte sur l'international que j'avais à coeur d'exploiter dans le cadre de ma formation. J'ai réalisé un double cursus: littéraire et commerce international. Celui-ci m'a donné l'opportunité de réaliser des stages au Mexique et à Hong Kong. Ces premières expériences m'ont aussi fait découvrir le domaine des achats logistiques. J'ai décidé de m'orienter dans cette voie, terminant mes études par un Mastère en Administration des Affaires.
Etes vous tout de suite partie à l'étranger?
Non. J'ai préféré commencer par travailler en France. J'avais fait mes stages à l'étranger, je voulais acquérir une première expérience en France qui me permettrait de chasser les stéréotypes sur la France et le travail en France que l'on a à l'étranger. Je voulais aussi ne pas avoir peur plus tard d'y retourner travailler. J'ai dans mon entourage des personnes qui n'ont pas fait ce choix et qui, de ce fait, sont anxieuses à l'idée de revenir en France. Ce n'est pas mon cas. J'ai beaucoup aimé cette première expérience de travail en France. J'adore aujourd'hui vivre à l'étranger mais je ne m'y vois pas nécessairement y passer toute ma vie.
Comment s'est passée cette première expérience en France?
Très loin justement des stéréotypes que je pouvais avoir en tête: les RTT,.... Chez Packard Bell où j'ai travaillé pendant 2 ans, j'ai énormément apprécié l'ambiance générale. Je trouve, par comparaison avec ce que je connais en Asie qu'on y est très attentif et respectueux de l'équilibre vie professionnelle et personnelle. J'ai aussi été très impressionnée par le niveau d'engagement des personnes et par leur efficacité.
Et au terme de ces 2 ans?
J'ai eu la possibilité de partir en VIE à Shanghai pour le compte d'une filiale de NEC. Une expérience là encore passionnante, même si le contexte n'a pas toujours été facile. La société qui m'employait a fermé ses bureaux localement en 2009 dans le cadre d'un recentrage stratégique de ses activités sur les serveurs. Ironie du sort, j'ai été à la fois la dernière recrutée et, parce que j'étais en charge de la logistique, la dernière partie.
Qu'est-ce qui vous attirait en Asie?
J'avais beaucoup apprécié mon séjour en stage de fin d'études à Hong Kong et je voulais pousser l'expérience de l'expatriation plus loin en découvrant la Chine. Mon objectif était de me transformer en caméléon capable de m'adapter à n'importe quel environnement, culturel comme professionnel. Je voulais aussi tester ma flexibilité face à des défis ou des situations déstabilisantes.
Comment s'est faite votre intégration à Shanghai?
Assez simplement. Paradoxalement, je pense que le choc culturel (c'est une chose que j'avais lue pendant mes études et j'en ai fait l'expérience à titre personnel) est moins important dans un pays aussi exotique que la Chine, qu'il peut l'être dans un pays européen. Lorsque l'on part en Belgique, en Grande Bretagne ou en Allemagne, ce sont les similitudes qui apparaissent d'abord, on se sent en terrain familier et l'on est régulièrement pris par surprise. A l'inverse, dans des pays tels que la Chine, on commence par considérer les différences avant de repérer progressivement toutes les similitudes. A Shanghai, j'ai eu la chance de travailler dans un environnement où mes collègues chinois étaient très ouverts aux cultures étrangères, cela a beaucoup facilité les contacts.
Quels ont été vos "trucs" pour faciliter cette intégration?
Je crois que l'important c'est d'avoir une attitude d'ouverture. Cette posture est souvent récompensée. Je l'ai constaté en voyant d'autres Français qui n'avaient peut-être pas expressément choisi de venir en Chine et qui n'étaient pas aussi ouverts à leur environnement quotidien. A l'évidence, cela se passait moins bien pour eux.
En ce qui me concerne, j'ai essayé de construire mes relations en exploitant les points communs. Mes terrains privilégiés: le shopping, la cuisine et le Karaoké.
Le shopping- les Françaises en Asie sont auréolés d'une image d'expertes du style et du bon goût. J'ai commencé par faire des compliments à mes collègues. Assez rapidement s'est instauré un petit jeu entre nous où chacune montrait ses dernières acquisitions. Nous avons prolongé en faisant des courses ensemble; pas nécessairement d'ailleurs là ou je serais allée naturellement. Cela nous a donné un terrain d'échanges où sont nées de vraies amitiés.
La cuisine- Manger est une passion que nous avons en partage avec les Chinois. J'en ai profité. J'ai organisé des cours de cuisine pour mes amies locales, avec pour objectif de leur faire découvrir la cuisine française et de leur donner les moyens de refaire ces plats chez elles. J'ai commencé par des plats au four, pour leur montrer ce que c'était (les cuisines chinoises sont rarement équipées de four), puis j'ai essayé d'adapter les recettes pour le micro-ondes. J'ai aussi remarqué que mes collègues, quand ils voyageaient en Chine, rapportaient souvent des petites spécialités locales qu'ils partageaient avec les autres. J'ai essayé de faire de même, surtout avec des choses sucrées.
Le Karaoké- On aime ou on n'aime pas le Karaoké. Il se trouve que j'aime chanter, et j'ai trouvé avec le chant un terrain d'échange privilégié avec les Chinois. Cela a même été très fort: j'avais une amie avec laquelle je me sentais en grande intimité et qui m'avait un jour un peu refroidie en me confiant qu'elle n'imaginait pas pouvoir nouer de relations d'amitié avec une occidentale, tant les référentiels culturels étaient différents. Un jour, dans la rue, nous nous sommes mises à fredonner la même chanson. Cette amie m'a dit ensuite qu'à cet instant elle avait senti une vraie proximité; cela m'a fait chaud au coeur.
Je crois que l'une des clés est vraiment de se mettre en situation de disponibilité: sortir de sa zone de confort et accepter de faire autre chose que ce que l'on aurait fait dans son pays d'origine ou de le faire différemment. Un jour je suis allé rejoindre une amie à Canton, J'ai laissé derrière moi le Guide du Routard et le plan de visites que j'aurais faites naturellement si j'avais été seule. J'ai fait sur place des choses très différentes et j'ai passé un excellent séjour.
Vous êtes arrivée à Singapour il y a 3 mois et avez déjà trouvé un emploi. Comment avez-vous fait?
En fait j'ai commencé, après mon VIE, par chercher un emploi à Hong Kong. J'en avais d'ailleurs trouvé un lorsque mon compagnon a eu une opportunité à Singapour et que nous avons décidé de nous y installer. J'avais donc déja affiné mes techniques de recherche d'emploi quand je suis arrivée à Singapour!
En arrivant à Singapour, j'ai commencé par adapter mon CV: en le présentant sur 2 pages, en insistant sur mes réalisations. A posteriori, je m'aperçois que j'aurai dû d'emblée être plus vigilante sur les termes. De Hong Kong à Singapour, certains intitulés sont trompeurs. Les gens n'ont, par exemple, pas du tout les mêmes interprétations des termes "purchasing" et "procurement". Je ne l'ai réalisé que plus tard, en échangeant avec des recruteurs et en épluchant les offres d'emploi sur des sites spécialisés tels que jobsdb.
J'ai écouté les conseils. En particulier celui de ne pas nécessairement chercher un emploi qui correspondait directement à mon niveau d'expérience, mais d'accepter un emploi dans une entreprise qui me permettrait ensuite d'évoluer. J'ai fait ce pari. C'est une concession à la réalité du marché, mais je pense qu'il ne peut être que gagnant. Par rapport à la France, les sociétés, dans la région, sont beaucoup moins réticentes à faire évoluer rapidement les personnes qui en ont les compétences. Si je m'apercevais, dans quelques mois, que ces possibilités d'évolution n'existent pas, j'aurai gagné une expérience et la possibilité de reprendre des contacts tout en étant en situation d'emploi.
Y-a-t'il des contacts ou des réseaux qui vous ont semblés particulièrement intéressants pour un chercheur d'emploi à Singapour?
Oui en l'occurrence Michael Page. Tous les recruteurs sont des étrangers et ils sont ouverts aux candidatures de personnes non résidents. C'est un contraste très fort avec les sociétés singapouriennes avec lesquelles les échanges ont souvent tourné court dès qu'elles mettaient le doigt sur le fait que je n'avais pas le statut de résident. Les agences spécialisées dans la logistique ont été également des relais intéressants.
J'ai beaucoup travaillé le réseau. Chaque fois que je rencontrais quelqu'un, je n'hésitais pas à parler de ma situation de recherche d'emploi. J'ai remarqué qu'il était très important chaque fois que possible de donner des exemples concrets. Lorsque l'on parle de logistique, par exemple, les gens se font vite une idée restrictive des choses. A Singapour, on m'a régulièrement orientée vers les transporteurs, ce qui, en réalité, n'est pas mon métier. Quand je disais que j'avais travaillé chez Packard Bell ou Nec et que je pourrais travailler par exemple chez DELL, cela ouvrait des pistes différentes.
Avez-vous utilisé les réseaux sociaux?
Oui j'ai beaucoup utilisé Linkedin et Viadeo comme un moyen d'avoir des informations et d'initier des contacts. Il faut être très attentif à la manière dont on présente sa demande. Au début j'ai été sans doute un peu trop directe. Ensuite j'ai appris à positionner ma demande sur le terrain de l'échange d'information: cela rassure les gens de savoir que ce que vous leur demandez n'est pas nécessairement un emploi mais davantage des informations, des conseils, des contacts. A partir de ce moment, la solidarité joue à plein.
Vous démarrez demain, comment appréhendez vous cette prise de poste?
Cela me fait évidemment un peu peur. Mais il s'agit d'une société australienne. J'ai eu un très bon contact avec les personnes que j'ai rencontrées. Je suis curieuse de découvrir ce nouveau contexte de travail.
Bon succès!
Merci.
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