Marion, itinéraire d'une VIE passionnée

SINGAPOUR- A 26 ans, Marion Juteau a déjà derrière elle un long parcours à l’international. Rien ne la prédisposait pourtant à l’aventure du grand large, si ce n’est un environnement familial qui l’a toujours soutenu, la curiosité et la volonté de saisir chaque opportunité.  En VIE à Singapour, elle y a ouvert,  il y a un peu plus d’un an,  la première filiale de la société Prelytis en dehors de l'Europe, pour couvrir la région Asie.

 

Du Poitou-Charentes... à Shanghai: une succession d'opportunités

Originaire de la région Poitou-Charentes, Marion y est restée sagement jusqu'à son Bac. Issue d’une famille d’entrepreneurs, dans le domaine des transports et de la charpente,  elle baigne cependant dans une culture où l’esprit d’entreprise est vertu et où l’aventure est perçue davantage comme une opportunité de développement que comme un risque. C’est probablement ce contexte qui fera que, à chaque étape de son parcours, au lieu d’un itinéraire classique, Marion choisira chaque opportunité saisissable pour parcourir le monde et  multiplier les expériences de terrain.

De fait, dès le bac en poche,  elle décide de partir aux Etats Unis dans le cadre d’un programme de sponsoring du Rotary club. (un programme de soutien aux jeunes qui souhaitent partir à l’étranger; une manière de promouvoir les liens entre la région et l’international). Elle imaginait la Nouvelle Zélande, elle atterrit aux Etats Unis, dans le Wisconsin, où elle passe, en 2001-2002,  une année d’étude qu’elle décrit comme « formidable », avec la découverte du quotidien d’une étudiante américaine, au sein d’une famille d’accueil avec laquelle elle tisse des liens privilégiés.

 

A son retour en France, Marion parle couramment l’anglais et a contracté le virus de l’international. Elle rejoint l’ESCEM pour un parcours académique de 3 ans, dont 2 ans à Hull en Angleterre. Elle multiplie les stages, en Belgique et en France. A la clé, elle obtient un BA (Bachelor of Arts) en Marketing management.

Ele ne s’arrête pas là. Elle exploite les opportunités d’admission parallèles et intègre l’ESC Lille, dans un programme international tout nouveau: l’IMiM (International Master of Management). Marion y fait la première année, puis décide de faire une césure: « C’est une opportunité extraordinaire pour les étudiants qui veulent muscler leur expérience professionnelle et se confronter au terrain. Si on se débrouille bien, entre la fin de la première année en Juin et le début de la deuxième année, en Octobre, on peut accumuler 17 mois de stages ».

Marion commence par le terrain. Pendant 8 mois elle sera Chef de secteur grande distribution pour Henkel. Puis elle prend le large et part à Shanghai au sein du petit bureau de distribution de DCA services (une entreprise du Poitou, spécialiste de la publicité par l’objet, qui fait réaliser ces derniers par des partenaires en Chine). Sur place, le rôle de Marion est de trouver des partenaires et fournisseurs,  de contrôler la qualité et de suivre l’ensemble des aspects logistiques. Marion découvre la Chine, son gigantisme, sa pollution mais aussi une vibrante capitale économique, excitante et dynamique. Pour la jeune étudiante, Shanghai est une porte ouverte sur des futurs pleins de promesses.

En Aout, elle revient en France pour terminer son cycle d’études. Elle prend à peine le temps de poser ses valises: elle s’envole à nouveau vers Montréal; cette fois pour étudier, pendant 4 mois, dans le cadre d’un tout nouveau partenariat entre son école et l’Université de Concordia. En Décembre, elle revient enfin en France pour achever le programme, passer son diplôme, et décrocher au passage une nouvelle distinction: elle termine première de sa promo.

 

Le Volontariat International Entreprise (VIE), clé d’entrée pour débuter en Asie

La carrière professionnelle est aussi jalonnée de déceptions. Marion en fait l’expérience à peine diplômée. Elle rêvait de repartir en Chine. DCA services, où elle avait fait un stage, lui propose de prendre en charge le bureau de représentation. Les choses se précisent, Marion se prépare. Las, les choses se précipitent, la société est pressée de pourvoir le poste et ne peut attendre Marion, qui finit ses études un mois trop tard. Adieu DCA et adieu la Chine, car dans la mouvance des tensions franco-chinoises, en arrière fonds des jeux olympiques, la Chine restreint de manière drastique l’accueil des jeunes professionnels en exigeant qu’ils aient au minimum 2 ans d’expérience professionnelle après leur diplôme.

Marion a cependant la volonté de repartir. Elle se tourne vers Ubifrance, (Agence Française pour le développement international, qui gère en France les VIE- Volontariat International Entreprise) et scrute les offres. Elle fait le point et se rend compte qu’elle aimerait, dans l’idéal, ouvrir la filiale d’une petite société à l’étranger. L’idéal frappe à sa porte sous les traits de Prelytis, une petite société éditeur de logiciel, créée en 2002 par 3 anciens de la société SEMA, pour développer des solutions de tableaux de bord de pilotage de la performance accessibles sur ordinateurs et appareils mobiles. Entre la jeune professionnelle nomade à la fibre entrepreneur et cette équipe de jeunes dirigeants, le courant passe immédiatement.

dashboardMarion a 25 ans et n’a pas la moindre culture technique. Qu’à cela ne tienne, elle est embauchée en VIE avec la charge d’ouvrir, à Singapour, le premier bureau de la start up en dehors de l'Europe, avec une couverture sur l’ensemble de la région Asie Pacifique.

Entre le début de son VIE et le départ effectif à Singapour, elle va se former pendant plusieurs semaines sur le produit, participer à la mise au point des webinars et autres moyens de supports commerciaux mis en ligne sur le site internet de la société, et organiser un événement de lancement de Prelitys en Asie, avec le support de l’Ambassade de France.

Elle arrive finalement à Singapour en Novembre 2008, supportée par le CEO de Prelitys qui passera d’abord plusieurs semaines sur place puis reviendra de manière régulière, notamment pour accompagner sa jeune responsable commerciale lors des échanges avec les plus gros clients.

Marion commence par exploiter les liens générés par la plateforme internet et l’événement organisé avec le support de l’Ambassade de France. Très vite, des grands comptes s’intéressent au produit: « d’une manière générale, je constate que les échanges sont assez ouverts et que les responsables d’entreprise, à Singapour, sont volontiers curieux des nouvelles technologies. Pour autant, les choses prennent du temps et les relations, que ce soit avec les clients ou avec les partenaires potentiels, doivent être tissées dans la durée ».

A t’elle eu du mal à prendre la mesure de sa mission sur place?  Elle semble ne pas vouloir s’attarder sur les obstacles: « vendre du software, c’est difficile, parce que c’est un produit vivant qui s’adapte et évolue de manière régulière. L’une de mes grandes inquiétudes au départ, c’était mon manque de connaissances techniques, surtout lorsqu’il s’agit d’intervenir dans des réunions dans lesquelles il peut y avoir plusieurs experts techniques autour de la table. C’est parfois dur aussi d’être seule, même s’il y a, à distance, un vrai travail d’équipe.  En dehors des outils de communication que nous utilisons chez Prelitys de manière extensive (Skype,…), je pense que le choix d’installer nos bureaux dans un business centre a été déterminant. Je n’ai pas de problème pour me réveiller le matin et ne manque pas, en général, de motivation, mais c’est quand même sympathique de retrouver d’autres entrepreneurs au début de la journée pour prendre un café, voire pour échanger des idées ou trouver du support. »

Grâce aux efforts de Marion localement, Prelytis est aujourd’hui en contact avec de nombreux partenaires sur la région. La société travaille beaucoup à Singapour et en Malaisie et est en pourparler avec des partenaires en Inde.

Pense-t-elle au retour ? « Pas vraiment, répond l’intéressée, rien n’est jamais exclu mais je ne me vois pas travailler en France pour l’instant. J’aimerais pouvoir continuer le travail engagé au sein de Prelitys au delà de mon VIE.  Et si les choses ne pouvaient se faire ainsi, de toute façon, je chercherais à continuer à travailler à Singapour ».

 

Article repris dans le petitjournal.com Singapour

 

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