Portrait d'entrepreneur: Carole Chomat, Directrice du petitjournal Singapour
SINGAPOUR - Carole Chomat a lancé il y a quelques semaines l’édition du petit journal à Singapour. Jeune femme à l’allure sportive et au regard pétillant, elle prépare une interview lorsque je la retrouve pour renverser les rôles et lui proposer de parler de son expérience d’expatriée, créatrice d’entreprise et témoin privilégié de la vie de ses compatriotes à l’étranger. Elle se prête à l’exercice avec simplicité et enthousiasme, visiblement heureuse de ce qu’elle fait et pleine de projets pour l’édition du Petit Journal Singapour, qui connaît déjà un succès remarquable.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours avant votre arrivée à Singapour ?
Je suis arrivée à Singapour il y a 18 mois, pour accompagner mon mari. C’est ma première expérience à l’étranger.
Etudiante, j’avais souhaité faire du journalisme, passionnée par le modèle des grands reporters. Mais mon environnement familial m’en avait dissuadée, considérant qu’il s’agissait d’un métier dans lequel les carrières étaient très incertaines. J’ai ainsi poursuivi des études juridiques, avec une spécialité dans le droit notarial et l’immobilier.
J’ai ensuite naturellement démarré ma carrière comme commerciale dans le secteur immobilier, un travail passionnant mais aussi très exigeant, qui imposait une grand disponibilité. Lorsque ma famille s’est agrandie, j’ai éprouvé le besoin d’un emploi plus sédentaire et j’ai rejoint l’ANPE.
Quelles étaient vos fonctions à l’ANPE
L’ANPE offre des opportunités professionnelles insoupçonnées. Au début je réalisais des études de marché et enquête de qualité auprès des entreprises et des chercheurs d’emploi. Puis je suis devenue conseillère emploi. Le contexte était très contraignant : je pouvais recevoir jusqu’à 20 personnes par jour avec chaque fois l’obligation d’être « complètement à l’écoute » tout en étant concise et orientée vers l’action. Mais les activités étaient aussi très variées, avec le suivi d’un public jeune, l’opportunité de rencontrer les entreprises, d’organiser des salons. C’est un métier dans lequel on est en permanence en contact avec l’humain. Pour celles qui comme moi sont passionnées par ces relations, c’est vraiment un environnement motivant.
Comment s’est présentée l’opportunité de venir à Singapour
Mon mari est rentré un soir avec cette proposition. Cela n’a pas été une surprise et nous n’avons pas hésité. Mon mari a beaucoup vécu à l’étranger lorsqu’il était enfant puis au début de sa vie professionnelle. Partir en expatriation était d’une certaine manière inscrit dans notre contrat de mariage. J’avais moi aussi très envie de vivre à l’étranger.
Pour autant, ce projet de départ ne tombait pas nécessairement au meilleur moment : je venais, après 5 ans, d’être contractualisée, avec plusieurs salons en chantier; j’avais du travail par dessus la tête et mon mari, envoyé sur place pendant 7 mois, a été absent pendant toute la phase de préparation. J’ai du jongler entre les enfants, mon travail et les aspects pratiques du départ: une sorte de décathlon où il faut assurer sur tous les fronts.
Comment s’est passée votre arrivée à Singapour?
Lorsque je suis arrivée à Singapour, cela a d’abord été un grand soulagement. Après la course du départ, je pouvais enfin souffler. Puis je me suis mise à chercher un emploi. Le contrat initial de mon mari était de 2 ans et j’étais en situation de mise en disponibilité de l’ANPE, mon souci était de trouver un emploi ou une activité dans laquelle je pourrais mettre à profit mon expérience.
J’ai multiplié les contacts, mais les différentes offres que j’ai faites, dans l’orientation des jeunes ou l’accompagnement des personnes en recherche d’emploi, n’ont pas trouvé d’écho chez les institutionnels.
J’ai fait le point et me suis dit que le fait d’être «française à l’étranger» constituait un atout. La question subsidiaire était de repérer dans quels emplois cet atout pouvait être déterminant : l’hôtellerie, la représentation des marques françaises de luxe,…
Mais la recherche d’emploi en 2009, dans un contexte marqué par la crise, s’est révélée être un exercice déprimant et je n’entrevoyais pas vraiment d’opportunités.
Les choses ont changé lorsque mon mari a appris que son contrat était prolongé jusqu’en 2013. A partir de ce moment, il ne s’agissait plus de faire la jonction entre 2 emplois en France mais bien de construire un parcours professionnel sur place.
Quand vous est venue l’idée de créer l’édition du petit journal Singapour?
A peu près à cette période. J’ai considéré les choses de manière extensive. J’ai identifié l’opportunité de créer une édition du petitjournal à Singapour par hasard. J’ai pris contact avec Hervé Heyraud, le fondateur, que j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer la semaine suivante à Singapour.
Compte tenu du contexte de Singapour, le fait qu’il n’y existat pas encore une édition locale relevait presque de l’anomalie: il n’existait rien de comparable et il y avait sans doute, dans la communauté francophone, le besoin d’un support d’information locale quotidien. Le petitjournal, qui a vocation à devenir un support de référence en Asie, serait sans doute un support apprécié des annonceurs potentiels.
Puis les choses sont allées très vite. Je n’ai pas hésité longtemps. J’ai très vite confirmé à Hervé Heyraud que j’étais prête à me lancer. Ensuite j’ai engagé une intense campagne de Networking pour à la fois confirmer le besoin et saisir les attentes particulières.
Quelles ont été les réactions à votre projet?
Très bonnes dans l’ensemble. J’ai rencontré beaucoup de gens qui m’ont dit que l’idée était formidable et que le projet répondait à un vrai besoin. Mais j’ai aussi eu beaucoup de réactions du type « ce que tu entreprends est énorme ! Est-ce que tu imagines la quantité de travail que cela nécessite, les risques ?... » . J’avoue que cela m’a moi-même parfois inquiétée: « dans quoi je m’embarque ? »
A quels types d’inquiétudes avez vous été confrontée ?
La peur d’être seule. Je crois que c’est la plus importante. C’est probablement plus facile d’entreprendre un projet comme celui-ci à deux . L’avantage en contrepartie, c’est que c’est «mon projet». D’ailleurs, je pense que les personnes que j’ai rencontrées ont été très sensibles à cet aspect : elles ont perçu que j’étais très motivée, qu’il s’agissait d’un projet sérieux et pas le pis aller d’une jeune femme désœuvrée.
Pour le reste, je n’avais pas grand chose à perdre et au contraire beaucoup de choses à gagner : j’ai investi dans ce projet l’argent que j’ai retiré de la vente de ma Kangoo en France. Je me suis dit que cette voiture avec laquelle j’avais fait tant de choses pouvait être le support d’une nouvelle aventure. L’objectif, c’est au minimum de pouvoir en racheter une autre plus tard. Dans l’intervalle, c’est une mise de fonds personnelle qui me permet de coller une étiquette résolument personnelle sur mon projet.
En quoi Singapour ou simplement le fait de vivre à l’étranger ont-ils facilité votre projet?
Je pense que le fait d’être à l’étranger ouvre des perspectives inédites, des opportunités formidables. C’est plus facile de prendre la décision de sortir des sentiers battus et de se lancer. A Singapour en particulier, la simplicité des formalités administratives est un rêve. Par ailleurs, il me semble beaucoup plus facile de développer son réseau et de s’appuyer sur lui pour développer une initiative originale. J’ai reçu beaucoup de soutien à ce titre et en particulier au travers du service culturel de l’Ambassade. Cela m’a évidemment beaucoup aidé.
Quelles sont, selon vous, les clés de la réussite pour démarrer un tel projet?
Je pense qu’il est essentiel, pour ce projet en particulier, d’avoir un intérêt pour les gens. C’est mon moteur et c’est ce qui fait que je prends chaque jour énormément de plaisir. Il faut être évidemment intéressé par les sujets couverts et la rédaction d’articles. Pour moi, c’est un retour à une passion qui était restée inassouvie, celle de faire du journalisme.Je découvre avec beaucoup de bonheur les différents aspects de la gestion d’un journal. J’ai la chance à ce titre de pouvoir m’appuyer sur la structure et les compétences du petit journal. Je me suis entourée d’une équipe de collaborateurs talentueux et motivés qui m’aide beaucoup, et je découvre moi-même que mon écriture change rapidement avec l’exercice répété des articles à écrire.
Mais il y a aussi des difficultés et des chausse trappes. Il faut être femme orchestre et être aussi bonne commerciale (c’est le nerf de la guerre) que bonne organisatrice. Rien n’est jamais acquis. Lorsqu’on a des moyens limités, il faut aussi savoir travailler avec des équipes qui restent largement virtuelles. C’est riche mais c’est aussi très exigeant.
En quoi ce projet vous a t-il changée.
Le fait de démarrer ce projet a changé beaucoup de choses en ce qui concerne mon expérience de l’expatriation. Désormais je ne me considère plus comme demandeur mais comme offreur d’un service, cela change tout. Vis-à-vis de mes enfants et de mon mari, je remarque que le regard a changé : ils voient ce que je fais.
L’aventure de la création d’entreprise est aussi gratifiante qu’exigeante. Je sens bien qu’elle me fait évoluer, emprunter de nouveaux chemins, découvrir de nouvelles perspectives. De quoi demain sera-t-il fait ? Je l’ignore. Peut-être cette expérience ouvrira-t-elle des portes que je n’avais pas imaginées. Peut-être, lorsque viendra le moment du retour, n’aurais-je plus envie de faire ce que je faisais. C’est un voyage dont je savoure chaque étape.
Où en est aujourd’hui Lepetitjournal Singapour?
Le petitjournal Singapour va bien. L’édition a rencontré un bon succès dès son lancement et le nombre des abonnés à la Newsletter atteignait 950 après seulement 10 jours, avec plus de 10.000 pages lues en un mois. Le Petit journal a inauguré la semaine dernière une nouvelle formule qui donne plus de confort à la lecture et beaucoup de visibilité aux annonceurs.Cela devrait soutenir encore davantage le développement du petitjournal à Singapour.
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