Les spécificités de la recherche d'emploi en expatriation

Nombreux sont ceux d’entre nous pour lesquels expatriation rime avec recherche d’emploi, que l’on soit parti à l’aventure au bout du monde en solo, conjoint d’expatrié ou en quête d’un contrat local en cas de non reconduction du contrat d’expatriation. Les spécificités du tissu socio-professionnel à l’étranger offrent des opportunités au chercheur d’emploi dont il faut savoir tirer profit. / Stéphanie Talleux - Hong Kong
 

L’expatriation, terrain privilégié du networking

Dés lors qu’il s’installe dans un nouveau pays, le chercheur d’emploi appartient d’emblée à une communauté : celle des ressortissants de son pays. Les associations de français, de par le monde, offrent un terrain privilégié pour nouer des contacts le plus naturellement du monde tandis qu’en France il faudrait appartenir à un groupe social, une famille ou une promotion de grande école pour avoir accès à ce même type de contacts privilégiés. Une fois à l’étranger, tout le monde est sur un pied d’égalité à l’arrivée : on ne connaît personne ! Les personnes déjà installées sont soucieuses d’entretenir ce réseau à l’international en englobant les nouveaux venus car elles se savent elles-mêmes sujettes à un déplacement potentiel. En tant que français, on a tout intérêt à élargir le champ d’investigation aux réseaux francophones : plus que la nationalité, c’est en effet la langue qui crée des barrières à l’étranger. S’ouvre ainsi à nous tout ce que les réseaux canadiens, belges, suisses peuvent offrir : associations, chambres de commerces… Notons également que les réseaux de femmes représentent une opportunité de s’ouvrir à d’autres communautés tout en pratiquant l’anglais (American International Women’s Association, Ladies’ Circle, The Women’s Forum, European Professional Women’s Network, etc).

Savoir donner pour mieux recevoir

Le monde est tout petit lorsqu’on vit dans la communauté expatriée et le turn over des résidant étrangers est souvent élevé. On peut donc rapidement se trouver au cœur des évènements grâce au bénévolat: les opportunités de s’impliquer dans les associations et les groupes humanitaires sont nombreuses. Cela permet, pour certains secteurs d’activité, de continuer une activité professionnelle en marge de la recherche d’un emploi salarié, et souvent, de développer de nouvelles compétences. Le bénévolat est aussi un excellent moyen de communiquer sur soi-même, de se faire connaître au sein de la communauté et d’asseoir son réseau.

Le cas particulier de la carrière du « conjoint suiveur »

Beaucoup de chercheurs d’emploi sont des conjoints d’expatrié. Leur carrière est soumise aux ruptures et localisations imposées par les besoins de l’entreprise qui délocalise la famille. Il peut sembler difficile au « conjoint suiveur » de démontrer à un employeur potentiel la cohérence de son projet professionnel. Tout expatrié sait néanmoins qu’il a dû développer de formidables capacités d’adaptation à chaque installation dans un nouveau pays. Il faut être conscient que ces compétences acquises sont transférables dans le milieu professionnel. Une rubrique « international background » ou « vécu international » peut être insérée dans le CV ; on y précisera les lieux où on a séjourné à travers le monde. En entretien on peut valoriser cette expérience après avoir réfléchi son parcours professionnel non plus de manière chronologique (les interruptions d’activité surgissant alors comme un handicap) mais en termes de « compétences développées ». On développera en entretien les atouts d’une expérience forgée sur un vécu international, la gestion d’une famille nombreuse aux quatre coins du monde, la saisie des opportunités offertes à chaque localisation par le bénévolat ou la professionnalisation de capacités artistiques…

Développer une activité qui déménage facilement

"J’ai dû abandonner pour une bouchée de pain, un négoce d’objets de décoration que j’avais lancé à Bangkok pour accompagner mon mari muté à Tokyo, explique Véronique, j’ai donc décidé de passer l’examen du FLE (Français comme Langue Etrangère) qui me permet de trouver du travail très rapidement dans les Alliances Françaises et de constituer rapidement un réseau sympa de locaux et Français". Certains expatriés, lassés de laisser en plan une activité qui marche bien pour répondre aux aléas de la carrière de leur conjoint, finissent par opter pour "une activité qu'ils peuvent porter sur leur dos". Cécile a créé sa société d'Edition à Hong Kong: " je crée des ouvrages personnalisés au nom d'un enfant. Devenu le héros du livre, l'enfant visite une ville d'Asie et y vit de nombreuses aventures. Cette collection ne peut que s'enrichir d'un déménagement éventuel."Savoir adapter sa carrière aux aléas de l'expatriation nécessite un gros travail d'introspection: il s'agit de redéfinir son projet professionnel et même son projet de vie. Le recours au coach peut en faciliter la démarche.

Vers un changement des pratiques en RH ?

Malheureusement, dans la pratique, le conjoint d’expatrié est un personnage fantôme dans le projet d’expatriation : rares sont ceux qui participent à l’entretien préalable à la signature du contrat. Le terme est éloquent en anglais : les conjointes sont les « trailing spouses », les épouses que l’on traîne… Pourtant, il est unanimement reconnu que ce sont les conjoints qui font ou non la réussite de l’expatriation. Avant de pouvoir se pencher sur son projet de vie à lui, le conjoint est en première ligne pour absorber le choc culturel de l’arrivée dans un nouveau pays, « les entreprises exploitant sans le dire les conjoints en leur déléguant l’insertion matérielle et culturelle de leurs salariés expatriés » indique J.M., DRH expatrié pour une entreprise française en Asie… Le danger est pour le conjoint de s’y noyer, de ne plus avoir l’énergie pour négocier un virage au niveau professionnel et bâtir son propre projet de vie.

Stéphanie Talleux

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